Chargement en cours

Couture et Médecine

Couture et Médecine

J’ai eu la vocation tôt. Très tôt, vers 4 ans.

Parmi le cortège de médecins que j’ai rencontrés, celui qui a veillé sur ma famille de 1983 à 1992, c’est celui qui pour moi demeurera toujours « le docteur idéal ». D’une grande empathie – à une époque où personne ne connaissait le sens du mot – et doux, intelligent, dévoué à ses patients… Et surtout, respectueux envers TOUS. Je ne me sentais pas comme un « simple cas bizarre », ou un bébé, ou un objet encombrant. Même un enfant très jeune perçoit la différence entre l’adulte qui s’intéresse vraiment à lui et celui qui parle comme si l’enfant n’était pas capable de comprendre (et soit dit en passant, un enfant autiste aussi, qu’il soit verbalisant ou non) même en donnant l’impression de s’adresser à lui. Alors, du haut de mes 4 ans, mes micro-couettes et mes dents de lapin, je lui ai annoncé avec toute la solennité dont j’étais capable : « Quand je serai grande, je serai docteur, comme toi. » Comme lui, c’est-à-dire que je ne traiterai pas mes patients les plus vulnérables avec paternalisme, ou pire, avec le plus complet détachement, à la chaîne.

Pendant les 14 ans qui ont suivi, je n’ai pratiquement vécu qu’à travers cette obsession, même lorsqu’il s’est avéré que j’étais douée en dessin, et pourvue d’un penchant très prononcé pour le romanesque. Lorsque j’ai appris à lire, à coudre, je l’ai fait à des fins utilitaires, mais j’ignorais alors ma propension à me laisser submerger par mes passions. J’étais donc une victime toute désignée pour tomber dans le piège tendu par une série télévisée, Docteur Quinn, Femme Médecin.

Certes, comme les autres fans de cette série, mon cœur de midinette vibrait pour l’histoire entre les deux personnages principaux. Mais je n’ai pas suivi la série et ne me suis repassé les épisodes en boucle quasi non stop par la suite pour cette seule raison. En vérité elle nourrissait aussi bien mon féminisme, alors naissant, que mon goût pour l’histoire de la médecine, mon intérêt pour les pratiques médicales d’autres cultures que les Blancs, particulièrement la phytothérapie… Et les costumes!

Oh là là, les tenues de Michaela! Pour certaines, ce fut un coup de foudre immédiat qui perdure aujourd’hui.

Certes, l’usage du Liberty (même si cet Elysian est sublime) dans la troisième vignette est anachronique, et il ne me servirait à rien de me faire l’une des trois robes de bal, parce que je ne fais pas de Cosplay, et ça serait un gâchis monstrueux de tissu, d’électricité et de temps…. Mais mais mais…. la robe de soie saphir et celle de satin d’argent, m’inspirent néanmoins des créations plus actuelles (notamment pour des articles de lingerie). Quant aux trois chemisiers, je n’ai aucun scrupule à m’en faire des copies! d’ailleurs, Liberty a créé un patron, la chemise Théa, qui reprend quasiment les mêmes codes : col officier + Liberty + manches bishop + coupe loose + fronces à gogo + passepoil = JACKPOT!!!!

Gustave Flaubert écrivait: « Madame Bovary, c’est moi. » Je pourrais presque dire « Michaela Quinn c’est moi », tellement ma personnalité s’est imprégnée de ce personnage de fiction créé par Beth Sullivan. Je me la suis d’autant plus appropriée que j’ai, pendant quelque années, écrit des fanfictions sur la série.

Lorsque j’ai compris que je ne serai jamais soignante, je l’ai très mal vécu. Je pense que c’est l’une des racines de la dépression qui m’a terrassée. Je devais faire le deuil de 80, peut-être 90% de mon essence. Même aujourd’hui, je garde le réflexe de chercher à identifier une maladie en fonction des symptômes observés, ce qui confine au masochisme…

Mais heureusement, j’ai trouvé dans la couture une autre façon de faire du bien à mes congénères, en aidant mes proches, et particulièrement mes « sœurs de rondeurs » à se sentir mieux dans leur peau et dans leurs fringues.

Laisser un commentaire