Reprise tranquille-Mimile
Il y a un an, je postais un billet sur les difficultés de coudre quand on a un cerv
eau câblé à la-va-comme-je-te-pousse, et que même trois décennies d’expérience et un diplôme de stylisme-modélisme ne suffisent pas toujours à considérer certaines capacités comme “acquises”.
Je n’ai plus rien publié depuis.
Juste après ce billet, je me suis pris un violent effet boomerang : sevrage antidépresseur, ménopause, fatigue nerveuse et quelques autres réjouissances du même acabit. Mon système exécutif, déjà brinquebalant à la base, est parti pour je ne sais où, Bora Bora ou Mars, donc allez savoir s’il reviendra un jour.
Et quand je dis “parti”, ce n’est pas une image, ni une blague..
Je n’arrive même plus à prendre des décisions simples. Choisir une coupe, un bouton, une longueur d’ourlet est devenu un casse-tête absurde. Même essayer de contourner le problème avec des systèmes “anti-paralysie” ne fonctionne plus.
J’avais pourtant tout planifié minutieusement : quels tissus utiliser, quels patrons modifier, quelles fournitures prévoir, les réglages machines, les aiguilles adaptées… Le tout consigné dans un PDF A3 de 75 pages. Je pensais naïvement que si tout était suffisamment organisé, il ne me resterait plus qu’à suivre mes propres instructions.
Spoiler : non.
Concrètement, en treize mois, j’ai cousu :
– un pyjama pour ma belle-mère aux finitions franchement discutables — probablement le plus gros euphémisme que j’aie jamais utilisé ;
– quatre ourlets de jeans qui gondolent ;
– une bride pour câble ;
– un prototype de nuisette inutile,
– et un top type camisole mal calibré par manque d’attention, donc portable uniquement sous un autre vêtement — ce qui ruine totalement l’intérêt de son dos portefeuille roulotté.
Si j’étais une voiture, je serais une BX avec le joint de culasse foutu, la boîte bloquée sur marche arrière et l’embrayage qui pédale dans le vide.
Pourtant, l’envie de coudre est toujours là.
Pas uniquement parce que ma garde-robe commence sérieusement à fatiguer, ni parce que Chours regarde mon stock de tissus avec une résignation qui frôle le désespoir. Le pauvre était à deux doigts de m’acheter un Margaret Annie (du Lib’) juste pour essayer de me motiver, c’est dire !
Certes, à force de vivre avec moi, il a fini par comprendre qu’acheter du tissu est (pratiquement) un hobby à part entière.
Cela dit, il n’a pas complètement tort : notre appartement n’est pas élastique, et il va bien falloir que je fasse quelque chose de ces piles de tissus : les coudre ou, en dernier ressort, les revendre. Parce que pousser les murs, ça, on ne peut pas.
Mais pour redémarrer, j’ai besoin de laisser de côté mon perfectionnisme forcené et mon orgueil mal placé. Pas d’auto-sabotage.
Donc pour le moment, pas de projet cérébralement acrobatique, pas de pièce « créateur » avec mood board, nécessitant trois toiles, dix-neuf ajustements, 5 pansements et 4 boites de mouchoirs en papier.
Je vais revenir à quelque chose de simple, fiable et suffisamment plaisant pour relancer la machine.
Un patron familier : la Myosotis de Deer and Doe, probablement l’un des patrons les plus rentables de toute ma collection tant je l’ai cousu, modifié et décliné.
Une double gaze fuchsia — parce qu’il me FAUT une robe fuchsia dans cette vie
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Et un coton fleuri façon Liberty, sans être un Liberty. Comme ça, si je rate, je ne me flagellerai pas pendant six mois. Le Liberty reste un textile sacré dans ma religion personnelle, et gâcher un Liberty est dès lors considéré comme un péché capital .

Donc voilà le programme :
deux robes simples, confortables, rapides, sans pression inutile, et que je connais suffisamment bien pour les coudre presque en pilote automatique.
Et honnêtement, après cette année de panne générale, ce sera déjà énorme.
Puis bon… si tout se passe bien, ça me fera seulement six Myosotis dans ma garde-robe.
Ce qui constitue probablement une forme de stabilisation mentale relative.
(J’insiste sur le “relative”.)

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